KAL AWA

S'accorder à la Nature, c'est dans nos racines
CÔTÉ JARDIN SLIDER

ÊTRE UNE FEMME DANS LES ESPACES VERTS : CONSTAT D’ÉCHEC ?

Il y a de ça, un peu plus d’un an, je partageais avec toi mes premiers pas dans les Espaces Verts, notamment en tant que femme… C’était un texte bouillonnant de passion et de fureur. Oui, il transpirait de fureur envers l’injustice tangible et certaines attitudes aberrantes. Entre temps, de l’eau a coulé sous les ponts. Alors, être une femme dans les Espaces Verts, est-ce un constat d’échec ?

Remonter le temps aux origines

Avant toute chose, je replace le contexte, pour ceux.celles qui débarquent. Je suis jardinière-paysagiste, depuis environ 2 ans, suite à une reconversion professionnelle. En effet, j’ai choisi de me tourner vers l’extérieur, pour diverses raisons : passion pour la nature, intérêt vif pour sa préservation, et surtout, pour le challenge ! Qui va là où personne d’autre ne va ? Devine…

Effectivement, outre l’envie de travailler en harmonie avec la nature, j’étais principalement motivée par le défi sociétal que cela relevait (et relève toujours) : les Espaces Verts manquent cruellement de femmes sur le terrain. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses et les entreprises qui les embauchent se font très rares. Tu saisis le paradoxe ?

Le parcours de la combattante
Crédit Photo : blog-emploi.com

Donc, ce parcours a été de longue haleine, en ce qui me concerne. Je pourrais le comparer avec une randonnée en montagne, jalonnée d’étapes en dents de scie… Allez, va, ne sors pas les mouchoirs, il y a bien pire, dans la vie. En tous les cas, j’ai réussi ma formation, et j’ai été fièrement diplômée.

Femme dans les Espaces Verts : un long chemin pour l’équité

Bonjour, nous sommes au XXIème siècle, au crépuscule de l’an 2019. Beaucoup de changements ont eu lieu, au cœur de notre société française. En tournant les pages précédentes, tu te souviens que ce n’est qu’en 1945 que les femmes ont obtenu le droit de voter. Oh, je pensais que c’était hier !

Trêve d’ironie et de sarcasme. Cet article n’a pas pour objectif de devenir un pamphlet, mais plutôt le fruit d’une réflexion éclairée…

Jouer des coudes pour le respect et la dignité

En ce qui concerne les EV (=abréviation des Espaces Verts), je suis consciente que ça fait vraiment peu de temps que nous commençons à lever les yeux, et que les entreprises acceptent les femmes dans leurs équipes. Il y en a même qui sont bien plus audacieuses, en créant elles-mêmes leur propre affaire, et je ne peux que leur tirer mon chapeau plus bas que le sol.

Pourtant, j’estime qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir. Dis-moi pourquoi, dans ce monde dit « innovant » et « moderne », les femmes peinent plus que les hommes pour se faire une place dans le marché du travail. Dis-moi aussi pour quelles raisons une femme devrait accepter des mots/attitudes désobligeantes, voire insultantes. Il n’y a pas de petit cas, selon moi. Chaque mot, chaque geste inadmissible ne peut pas se voir attribuer l’étiquette : « pas grave ».

Petite infographie sympa…
Crédit Photo : rse-pro.com

Dans le premier billet à ce sujet, je te faisais part des petites astuces que j’avais élaborées pour permettre à mon organisme féminin de fonctionner comme d’habitude (mais adapté aux circonstances). D’autre part, j’ai évoqué les risques d’infections, pour les femmes qui décident de jouer la carte Joker, en se retenant de pisser, toute la journée, et/ou en ne changeant pas leurs « moyens hygiéniques menstruels ». J’ignore comment elles font.

Des silences qui en disent long

Par ailleurs, combien de fois je me suis heurtée à des situations brouillardesques (mais oui, je viens d’inventer un mot, on applaudit !) ? Mais oui, tu sais bien : les non-dits, les fausses excuses pour ne pas t’embaucher… Les entourloupes, les lâchetés, les prétextes à 2 balles…

Pour preuve en voici le dernier exemple : une agence d’intérim à laquelle j’ai proposé mon profil, s’est montrée hyper intéressée…mais. Oui, il y a un mais. Tu veux savoir lequel ? Eh bien, le profil est super, mais l’entreprise cliente n’en veut pas. Il paraît qu’elle n’a pas de commodités pour dames. Un mois plus tard, je croise à nouveau la gérante de l’agence d’intérim, qui me remet parfaitement. L’entreprise n’a toujours pas trouvé son candidat…

Si je ne devais retenir que ça… J’ai été confrontée à plusieurs reprises à ce genre de réponse mi-passive, mi-défensive. C’est agaçant, en vérité. J’aurais préféré qu’on dise carrément la chose. Le non-dit, c’est la pire attitude que j’ai connue.

« Vous prévoyez d’avoir des enfants bientôt ? »
J’ai déjà eu droit à cette question, pourtant prohibée, lors d’un entretien d’embauche…
Crédit Photo : femmeactuelle.fr

Auparavant, on m’avait déjà dit bien clairement qu’en tant que stagiaire, c’était parfait, mais que ça n’irait pas plus loin. Non, on n’engage pas de femmes. Pourquoi ? Parce que ça fait des histoires. On n’a pas de vestiaires pour femmes. Vous savez, les équipes mixtes…Physiquement, vous ne tiendrez pas. Sans vouloir les défendre, ces personnes auront au moins été claires.

Si tu veux quelques chiffres, voici le dernier rapport de l’Unep (Union Nationale des Entreprises du Paysage-rapport publié tous les 2 ans).

Pour terminer, je ne te parle même pas de l’effet « double trahison » : de femme à femme…

Femme dans les Espaces Verts : échec de la mission ?

Des débuts prometteurs

Au début du mois d’Août, alors que l’été battait son plein, j’ai terminé un contrat de longue durée, au sein du service technique d’un village (aucun nom ne sera cité). Cette expérience collectionnait les « premières fois » : premier vrai job comme jardinière, premier taf pour le Public, et… première cheffe. Oui, au féminin.

Pour commencer, je tiens à clarifier la chose : je ne dirai aucun mal de cette personne, ni du village. Je n’en tirerai aucun bénéfice. Pour être honnête, cette mission a été riche de leçons, même si elle ne s’est pas terminée comme je l’espérais. Toutefois, comme je l’ai souvent entendu : « si la vie t’a écarté.e de ce chemin, c’est parce qu’un autre t’attend ».

Ce contrat de 9 mois a été une bonne mise à l’épreuve : j’ai pu tester mes limites, tant physiques que mentales, et aujourd’hui, j’en tire ma conclusion personnelle. Je me suis rapidement fondue dans la masse de l’équipe, et j’ai vite pris confiance. Nous avons formé une petite équipe très soudée, et les garçons n’ont eu aucun mal à m’accepter.

Accroche-toi, la chute arrive

Cependant, vers la fin du contrat, alors que les températures commençaient à augmenter, mon moral, lui, baissait de concert. Les malheurs n’arrivant jamais seuls, j’ai eu un accident de voiture, on m’a gentiment fait comprendre que « physiquement, tu ne tiendras pas » et j’ai eu des problèmes de santé. Je pense que Maurice a dépassé les bornes des limites, à ce stade.

Bref. La question à se poser est la suivante : peut-on considérer ça comme un échec ? Autrement dit, intégrer une femme dans les EV est-il un échec ? J’ai voulu attendre, avant de tirer des conclusions, en ce qui concerne ma propre expérience. Le temps est un luxe très précieux. Il faut savoir le prendre. Et voici donc ce qui a été retiré de cette longue infusion.

Femme dans les Espaces Verts : le courage au-delà de la force

Chacun.e place son curseur…

Premièrement, toute femme ne peut percer dans le domaine relativement masculin des Espaces Verts. Quand tu es bâtie comme une crevette (ce qui est mon cas, mais avec des épaules larges), tu ne peux échapper aux regards pleins d’ironie, et faire tes preuves va s’avérer plus difficile que n’importe quel homme.

Crédit Photo : madmoizelle.com

En effet, un homme, même s’il est également bâti comme une crevette, a tout de même plus de force physique qu’une femme, à moins qu’elle n’aille à la salle de musculation… Qu’on le veuille ou non, le corps féminin n’aura pas l’avantage sur la force brute de l’homme. A contrario, la femme tire son épingle du jeu par l’endurance… Mais à quel prix ?

Je ne vais pas citer les tâches effectuées, et les situations quasi extrêmes, dans lesquelles je me suis parfois retrouvée, en travaillant dans ce milieu (toutes expériences confondues). Sans vouloir prétendre la place du chef, de la femme qui a tout vu et qui sait tout (loin de moi cette idée), je ne connais pas beaucoup de femmes qui auraient accepté de faire ce que j’ai fait, sans broncher, et sans finir par jeter l’éponge.

Choisir c’est renoncer

Nous sommes courageuses. Nous sommes fortes et nous pouvons être fières de ce que nous accomplissons. Toutefois, là il faut faire montre de courage, c’est quand on doit faire un choix difficile. Et choisir, c’est renoncer…

J’ai volontairement laissé passer plusieurs semaines, avant de choisir. Tu as donc bien compris que je renonce aux Espaces Verts.

Comment t’expliquer ? Tu luttes non sans peines, pour atteindre ton objectif, et peu importe le temps que ça prendra. Tu y parviens et, les mois défilants, tu finis par accepter la dure vérité : tu ne tiendras pas, physiquement. C’est d’autant plus dur quand c’est ton propre corps qui te demande d’arrêter.

Je pense qu’à ce stade, il faut être en mesure de s’assoir sur sa fierté et regarder la réalité en face. Et crois-moi, ça ne vient pas tout de suite, pour tout le monde. Pour moi, il a fallu du temps.

Quand tu brises ton miroir de l’égo

C’est facile de tomber dans le piège tragicomique de la femme qui se morfond dans sa triste vérité. C’est facile de se sentir coupable de cet « échec » … Je vais être sévère, mais effectivement, j’ai choisi cette voie, en connaissance de causes, et je me dois d’en assumer les conséquences.

Cependant, après avoir traversé le miroir embué de l’égo, j’ai vu une autre vérité. Effectivement, cette somme d’expériences n’est en rien un échec. Au contraire, je vois plutôt ça comme une série de leçons positives. On passera outre les remarques et les comportements discriminatoires.

Crédit Photo : renovare.org

Si toi-même, au plus profond de ton être, tu es convaincu.e que tu as fait tout ton possible, mais que tu ne pourras pas aller plus loin, alors, écoute-toi. Difficile d’admettre cette vérité. Une fois que c’est fait, alors, le reste n’a plus d’importance. Après tout, chacun.e place le curseur de ses limites là où il/elle veut.

Pour conclure ce billet, je dirai que je n’ai pas honte. Il n’y a aucune honte à avoir de s’être arrêté.e en cours de route, ou de s’être trompé.e de porte. Oups, pardon, je referme la porte et je poursuis mon chemin, la tête haute, les sens aux aguets. D’autres portes attendent sagement d’être ouvertes…

Lula

5 Commentaires

  1. Salut Lula,

    J’ai (encore une fois) beaucoup aimé ton billet.

    Mais si tu me permets une petite correction le droit de vote des femmes a été accordé par la deuxième Commune insurrectionnelle de Paris en 1870… Bientôt 150 ans, mais tous n’ont pas oublié que si les cerisiers refleurissent chaque année, c’est pour nous rappeler qu’elle aussi, un jour, refleurira !

    1. Salut Le Scribe !

      Merci pour ton commentaire. Effectivement, l’émancipation des femmes, et notamment par leur action de citoyennes, a fait partie des arguments de la 2ème Commune de Paris, mais je crois que c’était plutôt en 1871, si j’ai bien compris.

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